MythO...

Atelier annuel de création théâtrale avec des adolescents de Saint-Ouen et du XVIIIème arrondissement de Paris.

L'atelier MythO... s'envisage comme un projet de suivi des adolescents su plusieurs années.

Cet atelier ne se veut surtout pas un atelier de formation d'acteur, une école de théâtre. Il ne promet pas, ne fait pas miroiter aux adolescents qui le suivront une carrière dans le spectacle. En aucun cas cet atelier ne peut être considéré comme un " pop-academy " moins médiatisé. Il ne fait que proposer une expérience, une année d'échanges et de construction d'intelligence au contact des autres.

2003/2004 : Mifa Nostra la saga courte mais bien quand même du clan AlDente.

2004/2005 : Las-Vegas Wouaneugaine Naïts, Toady Weasel & Rooster, détectives Rwibels lâchés dans la street

échange

Quand, par inadvertance, je me laisse aller à regarder un journal télévisé, une des choses qui me marquent le plus, c'est la méconnaissance profonde des “jeunes de banlieue” (comme ils le disent si mal) véhiculée par les journalistes. Cette dialectique de la peur, de l'incompréhension totale et angoissée. Cette incapacité au souvenir de son existence passée. Cette furieuse tendance au raccourci excluant.

Celui qui est exclu par ce manque d'exigence mémorielle, ce n'est pas l'adolescent, qui vit son rôle d'adolescent, c'est le journaliste, qui entraîne dans son exclusion/exil le spectateur.

Et par la puissance des médias, c'est toute une société qui s'exile, qui s'aliène.

Depuis 1998, je travaille avec des adolescents, je fais du théâtre avec eux, pas exactement comme j'en fais avec des “adultes”, mais ce que je fais avec eux, c'est bien du théâtre.

Il se trouve que les adolescents avec qui je travaille habitent Belleville, Mantes-la-Jolie, des camps de réfugiés roms au Kosovo, Saint-Ouen et le 18e arrondissement de Paris. Hasard des rencontres, attachement à ces lieux vivants, luxuriants, tumultueux (“difficiles” disent les journalistes).

Je n'envisage pas cette activité comme une charité faite d'un “cultivé” à une population “déshéritée”, ni comme un tribut solidaire nécessaire à une société inégalitaire.

Je propose seulement à des adolescents de partager un an de travail, de construction. Je leur demande de me rappeler ce que c'est qu'être adolescent, de m'apprendre leur vie, de m'expliquer notre monde. Je leur demande de m'aider à réapprendre mon métier et pourquoi je le fais.

En échange, je leur propose mon écoute, mon travail, un cadre, un chemin pour leur énergie. Je leur offre ma position de perpétuel intermédiaire entre l'adolescence et le monde adulte. Et je leur fais découvrir, expérimenter une forme de plaisir difficile d'accès à cet âge : celle de la fierté de soi, du travail long et difficile, mais qui s'accomplit. J'essaie de leur apprendre en une longue année à labourer, à irriguer, à semer, à arroser, à entretenir et je partage avec eux la joie sans égal de la récolte.

Ce que nous avons à partager ensemble est immense.

Ils me transmettent les langages de la rue et de l'enfance, moi ceux de la littérature et des échanges sociaux protocolaires. Ils m'aident à décoder ce qui les entoure, des séries télévisées, des musiques, je leur offre des armes pour analyser le monde des adultes, les journaux télévisés, nos codes complexes et confus. Ils se moquent des caricatures de mes milieux, je leur montre du doigt les leurs.

Ce que nous travaillons ensemble c'est juste la compréhension de l'autre. Nous ne faisons que l'apprentissage de nos proximités.

Et l'échange.