C’est fait.
30 représentations.
En deux langues croisées.
Au bout du mode, du notre.
Et ce qu’on leur dit qu’on nous dit, ils le connaissent.
Ils le reconnaissent.
Dans la multitude des panneaux d’une campagne électorale inéluctable qui étale sa débauche au regard de tous, impudique, comme un prisme grossissant de chez nous, dans les pubs radio des candidats, dans les affiches de quinze mètres par trente, les drapeaux, les figurines.
Et chez nous, l’histoire disparait.
Quand on nous a dit que l’apprentissage d’une deuxième langue avait été supprimé de l’enseignement chilien, nous nous sommes indigné, révulsé, et chez nous l’histoire disparait…
J’ai senti d’ici comme une vague inéluctable qui emporte tout notre monde vers toujours plus de pire…
Sentir qu’ici, si loin, les principes fondateurs de la société tendent à devenir les mêmes, toujours plus profond dans l’absurdité suicidaire.
Les élections sont dans 15 jours et quasi tous les jeunes que nous avons rencontré n’iront pas voter parce qu’à quoi bon…
Et c’est vrai que de retour, je vais avoir du mal à faire confiance encore une fois au suffrage.
Il le faudra bien.
Mais tout de même,
La croix du sud comme un diamant un peu penché, comme adossé au ciel, tous les soirs un clin d’œil, les vagues de nuit à la lumière de la lune qui démantibulent la roche sereinement, les maisons des vallons, les gens, les lumières, les insectes, les fleurs sauvages du centre ville, les arbres, les fiestas déjantées, les gens, ce festival insensé gigantesque et juvénile, ce projet dément porté par des jeunes gens qui n’iront pas voter parce qu’à quoi bon, ce lever de soleil sur la ville au bout d’une nuit d’alcool, ces tankers mastodontes ancrés dans la baie, les grues, les grues des docks qui empilent les containers avec vitesse et précision, les gilets fluos des dockers qui indiquent leur rôle précis, leur hiérarchie, les pélicans qui volent par trois dans le même battement d’aile au ras des vagues, les vagues, leur puissance brutale, la sauvagerie du pacifique.
Nous emportons d’ici beaucoup.
Nous importons.
Chargés.
